Not Vital : « The No Problem sculpture », béton, Zurich, Mobimo Tower, 2011

Annelies Štrba : « O.T », impression sur tableau noir résistant aux intempéries, Zurich, Letzihof, 2016

Yves Netzhammer : « Die Sprache spielt Zeit oder fabelhaft war der Apfelsaft », aluminium, Affoltern am Albis, Ova-Areal, 2014

Une « météorite tombant sur Zurich ». C’est ainsi que l’artiste grison Not Vital a décrit sa sculpture lorsqu’il l’a présentée au public en 2011. Au total, les longueurs des arêtes du cube en béton projeté atteignaient exactement 81 mètres – et correspondaient ainsi parfaitement à la hauteur du bâtiment, dont l’œuvre de Vital devait non seulement orner l’extérieur, mais devait aussi marquer de son empreinte : la Mobimo Tower à Zurich-Ouest.

Le cube a été baptisé « The No Problem Sculpture » par Not Vital. L’idée était de rappeler que de nombreux problèmes qui préoccupent les gens en Suisse n’en étaient pas vraiment au Niger, où il a fait creuser un puits de 81 mètres de profondeur dans le cadre du projet. Ou, comme l’a expliqué l’artiste lui-même : s’il n’avait pas remporté le concours de ce projet artistique organisé par le maître de l’ouvrage, cela n’aurait pas été un problème.

En effet, la sculpture porte bien son nom. Ni le processus d’autorisation, ni la réalisation n’ont posé de problèmes. Puis en 2021, un postulat des conseillers municipaux Stefan Urech (UDC) et Urs Helfenstein (PS) est déposé ; aucun d’eux n’aimait l’œuvre d’art. Ils la trouvaient trop grande, trop laide et auraient préféré des arbres et des bancs en lieu et place de la sculpture. En bref, les politiciens ont exigé du Conseil municipal de Zurich qu’il prie Mobimo de retirer la sculpture de son propre terrain privé.

Si la situation illustre à quel point le nom choisi par Not Vital pour son œuvre était pertinente, elle révèle aussi que l’art dans l’espace public est un sujet qui peut fâcher. L’ange de Niki de Saint Phalle à la gare centrale de Zurich – « une Sennentuntschi surdimensionnée », d’après la critique en 1997. La fontaine Meret Oppenheim à Berne – « une cheminée d’évacuation ». En 2018, Jutta Langhoff, à l’époque cheffe de projet chez Mobimo, avait déclaré dans la « NZZ am Sonntag » ne pas être agacée par la controverse suscitée par l’art dans l’architecture : « Bien au contraire : l’art doit stimuler l’esprit au-delà du quotidien ! »

« NOUS NE VOULONS PAS SIMPLEMENT MASQUER LE BÉTON »

Mobimo a misé sur l’art dès ses débuts. « Intégrer de l’art là où c’est possible », faisait observer le fondateur Alfred Meili, « ne représente pas un coût si important » et procure de la joie. Par la suite, le processus de développement s’est professionnalisé et, depuis 2013, l’engagement se concentre dans le programme « Mobimo & Art ». Désormais, des artistes sélectionnés au tout début du projet de construction sont invités à un concours d’idées et un jury indépendant désigne le projet gagnant. « L’art n’est pas simplement apposé à un bâtiment achevé, mais il est intégré dans le projet global », avait écrit la « NZZ am Sonntag ». Aucune limite donc pour le type d’œuvres : des reliefs, des installations avec la lumière, mais aussi des sculptures, des aménagements de façades ou des jeux d’eau. « L’art oblige à sortir de sa zone de confort », souligne Friederike Schmid, experte en art, qui accompagne Mobimo & Art depuis de nombreuses années en tant que curatrice externe.

L’initiative permet à l’art d’aller à la rencontre des personnes qui entrent et sortent des bâtiments de Mobimo ou même de simples passants ; ce qui permet de créer une expérience durable, un lien symbolique fort et identitaire. Il ne s’agit donc ni de décoration, ni d’amélioration de l’architecture. Mobimo ne veut pas simplement bâtir avec du béton, mais souhaite créer un environnement global cohérent et agréable à vivre ». L’artiste genevois Christian Gonzenbach a ainsi expliqué : « Le lieu dans lequel se trouvent les sculptures a une grande influence sur leur fonction. Dans un musée, elle veulent être contemplées, au cœur d’un ensemble d’habitations, elles font partie intégrante de la vie ».

Annina Thomann : « Die Starken », aluminium, Zurich, Manegg, 2023

Atelier Schlaepfer-Capt : « Rivière Suspendue », aluminium / verre acrylique / acier inoxydable, Lausanne, Quartier du Flon, 2020

Sophie Bouvier Ausländer : « Upside Down », luminaires LED RGB, Lausanne, Quartier de la Rasude, 2013

Christian Gonzenbach : « Curry und Paprika », béton, Regensdorf, Sonnenhof, 2015

Nikola Zaric : « Côté Cour — Anehom Lisant Voltaire et femlièvre », ciment polychrome, Lausanne, Petit Mont-Riond, 2015

Vincent Kohler : « Unplugged », bronze, Lausanne, Quartier du flon, 2017